Mon tout petit,

Presque deux mois que tu es parti et j’ai l’impression que c’était hier. Je me sens si seule dans ce chagrin. Je suis en colère. Contre ton grand-père qui a parlé de toi au conditionnel, comme si tu n’avais pas vraiment existé. “Tu aurais été mon premier petit fils“. Et puis la sœur de papa qui tombe enceinte et qui attend un petit garçon, n’est-ce pas la chose la plus horrible que j’ai pu affronter finalement ? Voir un autre ventre pousser, savoir qu’un petit garçon y vit tranquillement alors que toi tu es tout seul, dans le froid, sans vie. J’aimerais que mon beau père te reconnaisse, qu’il te donne une place dans cette famille, pour que je sois sûre que tu es et resteras le premier garçon de cette fratrie. Que ce petit garçon sera bien le deuxième. Je te promets qu’on ne t’oubliera pas, que je ferai tout pour honorer ton nom et ta trop courte non existence.

Je suis en colère que ma famille ne comprenne rien. L’autre jour je leur ai envoyé tes lettres, celles que je t’ai écrites avec chagrin et amour, avant et après le 25 septembre. Je n’ai jamais su leur parler, alors je m’étais dit que ce serait une bonne chose de partager mon chagrin par le biais de mes mots. Erreur. Aucune réponse à ma douleur. Ils sont là à afficher leur chagrin, leurs yeux rougis, leur deuil à la con. Mais ils sont incapables de me soutenir, de me prouver leur présence et leur compréhension.

Des semaines que tu reposes là-bas, ils n’ont toujours pas daigné se rendre te dire bonjour. Je suis tellement en colère contre le monde qui continue de tourner alors que je suis là à te pleurer à bout de bras, le ventre vide et les mains si légères.

Je pense à toi sans cesse, à ta peau si froide et fripée, à ta petitesse, à la légèreté, à ton air paisible et endormi. Je t’aime tellement. J’aimerais tellement te sentir dans mes bras, ressentir ces 900 grammes. T’embrasser, te regarder, te câliner. Dormir à tes côtés, toi contre mon flanc.

On parle de faire un autre enfant, je veux que tu saches que je ne cherche en rien à te remplacer. J’ai trop besoin de vie. Tu es mon premier enfant, l’amour de ma vie. Je te porte dans mon cœur et dans mon sang pour l’éternité, sache-le. Je ne te remplace pas. Je penserai à toi, tout le temps. Envoie des bonnes ondes de là où tu es, aide-moi à accueillir un petit frère ou une petite sœur dans mon ventre vide, fais-y une petite place, mais restes y surtout. C’est ta première et dernière demeure, tu y es roi. La vie est injuste non ? Qu’ai-je fait pour mériter pareil chagrin ? C’est si vif et intense, si douloureux. J’apprends à vivre avec, mais dès que je laisse cette peine de côté durant quelques instants, que je ris à nouveau et que j’arrive à me dire que la vie peut être belle, le chagrin me revient en force et me frappe encore plus. Je culpabilise parfois de ne pas te pleurer. Heureusement la douleur revient souvent, démultipliée, et je me sens à nouveau toute à toi.

Ta petite plaque est enfin mise, j’ai hâte d’aller te voir. Je t’aime, mon tout petit. Repose-toi, au chaud.

 

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