Mon tout petit,

Je t’écris cette nuit car une fois de plus je n’arrive plus à dormir. Je me réveille au beau milieu de la nuit, car c’est ça la magie de la grossesse, tu grandis en moi, tu bouges, et je dois simplement aller aux toilettes environs 100 fois par jour. Mais le souci, c’est qu’une fois les yeux ouverts, je pense à toi, à ton petit cœur qui bat en moi, et à ce mercredi 25 septembre qui approche trop vite. Je redoute ce moment à un point que tu ne peux imaginer. J’ai tellement peur de cette aiguille qui s’approche de toi, que cette aiguille t’endorme à jamais. J’ai peur de la voir arriver vers mon ventre, de la sentir pénétrer ma peau et t’atteindre. J’ai peur de me sentir coupable, peur du silence qui la suivra. J’aurais tellement voulu être sûre de moi, sûre que c’est la meilleure des décisions. Les gens autour de moi ont beau dire que c’est la meilleure chose à faire pour toi, je n’en suis pas encore convaincue, je n’en n’ai pas la certitude. Ils ne peuvent pas comprendre, ils ne te sentent pas bouger et vivre en moi. Tu es mon tout petit, je me dois te protéger, de te couver, de t’aimer, pour le meilleur et pour le pire. J’ai comme l’impression que je t’abandonne car tu présentes une faille. C’est contre nature d’abandonner un petit garçon, je devrais t’aimer et te protéger, à tout moment. Mais ce que tu dois savoir, c’est que je t’aime à un point que je n’aurais pu imaginer. Je déborde d’amour, d’un amour pur et vrai. Cet amour est si intense et fort qu’il en est aujourd’hui si douloureux. J’essaie de repenser aux diagnostiques posés par les médecins. Je me rappelle de ce vendredi 23 août, dans cette salle sombre et irrespirable où le médecin nous a annoncé l’impensable. Mon monde s’est écroulé. Car tu es mon monde, mon monde à moi. J’aime te sentir en moi. J’aime que tu bouges dans tous les sens, que tu danses dans mon ventre. Depuis six mois, je ne me sens plus jamais seule, et surtout je me sens responsable. J’ai appris à ne plus être tournée vers ma personne. Je prends soin de moi car ça me permet de prendre soin de toi. Tu m’as appris à aimer, à être à l’écoute de mon corps, à vivre pour quelqu’un d’autre que ma personne. Et pour ça je voudrais te dire merci. Depuis six mois, je vis une expérience magique, j’affiche ce joli ventre rond avec fierté depuis le jour un. Papa se moquait de moi au début car même après deux semaines j’avais déjà l’impression d’avoir un ventre qui se voyait. Aujourd’hui je te vois vraiment, j’aime tellement ce ventre. J’ai peur de l’après, du vide, du manque. Je ne peux imaginer ce que je ressentirai. Comment vais-je faire sans toi ? Un accouchement est supposé être le plus beau moment de ma vie car il me donnerait le plus merveilleux des cadeaux, toi. Tout rose, vivant, vif, courageux, bravant le froid et la panique, puis se réconfortant dans mes bras de maman. J’aurais tellement aimé entendre le son de ta voix, voir tes jolis yeux me fixer durant des heures, en te demandant ce que tu fais là. J’aurais aimé connaître ton rire, tes pleurs. Ta première dent, tes premiers cauchemars, ton premier bobo, ton premier match, ta première Saint-Nicolas, ta première histoire d’amour, ton premier chagrin, ta première rentrée, ton premier jour de travail, ton premier souffle. Notre vie ensemble, à trois. La vie est injuste, je ne mérite pas ça. Je suis triste et en colère. Après une FIV que j’ai trouvé lente et douloureuse, tu es arrivé dans notre vie comme un petit miracle. Je t’ai d’ailleurs toujours appelé ainsi. J’ai toujours dit que je t’expliquerais que tu es un miracle et surtout, une merveille de la science, le meilleur de papa et le meilleur de maman. J’ai peur de l’après, quand tu ne seras plus en moi. J’ai peur de sombrer, de ne pas y arriver. Papa y arrivera c’est sûr, il a cette force que je lui envie. Il sera là pour moi je le sais, mais arriverai-je à recevoir son aide et à m’appuyer sur son épaule ? Plus que quelques nuits et jours à passer à tes côtés, je voudrais profiter de ces derniers instants pour t’expliquer que cette décision est la meilleure qui soit. Mais comment faire si moi-même je n’arrive pas à me le dire ? Trois problèmes, rares. Tu les accumules. Le sort s’acharne. Est-ce un signe ? Que je dois lâcher prise, accepter mais sans me résigner. Je ne veux pas vivre ce moment comme s’il m’était imposé. Je ne veux pas et je ne peux pas me sentir forcée, par qui que ce soit. Je dois trouver la lumière et la force de me dire que c’est la meilleure chose, pour toi. Je veux être là pour t’accompagner sur ce chemin. Je veux que ce chemin ne soit pas un sentier sombre, glauque, froid et triste. Je veux que ce chemin soit celui d’une jolie forêt, un jour d’été. Qu’il y ait des jolies fleurs et des feuilles qui l’entourent. Je te prendrai par la main, mon tout petit. Je serai à tes côtés, jusqu’au dernier battement. J’espère que tu n’auras pas mal, que tu t’endormiras pour l’éternité. Que ce sera comme un long rêve qui ne finit jamais. Que je serai avec toi dans ce rêve, que tu ne te sentiras jamais seul ou abandonné. Car je ne t’abandonne pas. Je n’ai jamais voulu de tout ça. J’étais prête à tout, à tenter l’impossible. Mais que faire quand le sort s’acharne et que la médecine ne cesse de trouver des failles ? Faudrait-il continuer à s’acharner ? Devrais-je t’imposer un début de vie de l’ordre de l’impensable ? Te voir souffrir sans connaître la suite de ta vie ? Je me sens égoïste car je me dis que cette décision, on la prend surtout pour nous. Pour avoir une vie meilleure, une vie parfaite, sans angoisse, sans complication. Mais n’est-ce pas normal de vouloir ça ? J’ai peur de ne plus jamais avoir d’enfants. J’aurais tellement aimé te serrer dans mes bras. Te sentir contre ma peau, pouvoir caresser tes petits cheveux, calmer tes douleurs, tes chagrins. Te chanter des chansons pour t’endormir, venir te chercher dans ton petit lit après ta sieste, te donner le sein, te faire découvrir le chocolat, aller avec toi voir papa jouer au hockey. J’aurais tellement aimé te voir grandir. J’aurais tellement aimé que les choses soient différentes. Que la vie nous épargne ce chagrin et cette épreuve. J’ai peur. Peur de te voir sortir de moi, sans un bruit. De te découvrir si petit. Je ne t’abandonnerai jamais, jamais. Tu as été, tu es et tu resteras mon tout petit, mon premier enfant, l’amour de ma vie. J’espère que tu le sens. Je pleure beaucoup depuis un mois, sache que ces larmes étaient des larmes d’amour et de tendresse. J’espère t’avoir donné la meilleure des maisons durant les six premiers mois de ton existence. Car pour moi tu as existé, personne ne pourra jamais le comprendre mieux que moi. Tu resteras vivant dans mon cœur pour toujours. Je redoute la semaine prochaine, les journées qui passent, les heures qui défilent. Pour l’instant j’ai encore un peu de répit. Mais comment vais-je réagir ce mardi soir et ce mercredi matin quand elle s’approchera avec son aiguille ? Je veux trouver l’apaisement, je veux que ce moment se fasse dans la douceur pour que tu n’aies jamais à comprendre ce qu’il s’est passé. Je veux que tu me quittes en étant heureux, dans ta piscine à 37 degrés. Je veux que tu fermes tes petits yeux, que tu te laisses aller. Que tu penses aux chansons que je te chantais parfois, à Chopin que je laissais jouer, à la tarte au riz, aux maltesers. Tu es arrivé comme un miracle dans notre vie, c’est la science qui t’a amené en moi. Et c’est la science qui te reprendra. Ton petit cœur a commencé à battre en moi et s’éteindra en moi. Le début et la fin, toujours avec moi. Je serai là pour toi. Tu me manqueras. Je te demande pardon, j’espère que tu ne m’en voudras pas, et que j’arriverai à me pardonner. J’espère ne pas être envahie par la colère. Que j’arriverai à me redresser, à respirer, à rire, à danser, à aimer encore plus fort ton papa. Tu aurais tellement aimé ton papa. Il est fou de toi. Il n’ose pas parler à mon ventre donc je ne sais pas tout ce qu’il t’a déjà dit. Je sais que vous deux, vous êtes connectés. Il te dit des mots d’amour en posant ses mains sur mon ventre et en te parlant en silence.

 

 

 

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