La journée de ta venue au monde approche. Je la redoute et je l’attends afin de te rencontrer, d’enfin pouvoir te voir, moi qui t’ai rêvé et imaginé durant 6 mois. Tu n’arrêtes pas de bouger ces derniers temps, surtout quand je suis en voiture avec papa ou que je tente de fermer les yeux et de me reposer, espérant trouver un peu de paix durant ma journée. Mais les nuits sont longues et compliquées.

Je ressens le besoin de continuer à prendre mes vitamines, à manger trois fruits par jour, à nettoyer ce que je mange, à faire attention au fromage, aux crèmes, à tout. Je me sens le besoin et l’envie de te protéger, jusqu’au bout.

Hier nous avons signé les papiers qui acceptent l’impensable. J’ai signé sans hésiter, directement, en respirant un grand coup. J’avais l’impression que c’était ce que je devais faire pour toi, mon tout petit. Puis le docteur (que je ne supporte pas, elle ose dire que tu n’auras que 25 semaines et 5 jours, mais je sais mieux ton âge non ? Tu auras 26 semaines et 5 jours, tu auras droit à porter un prénom, à être dans notre registre familial, à avoir un enterrement digne d’un petit enfant) a expliqué la procédure. J’espère réussir à rester calme, à ce que tout se fasse dans la dignité, le respect et le recueillement. Je ferai en sorte de t’emmener par la main vers un joli chemin, fleuri, une matinée d’été. Les rayons du soleil transperceraient discrètement et difficilement les plantes sauvages qui envahissent ce petit chemin de terre. Je te vois marcher devant moi, petit garçon de trois ans, les cheveux bruns et courts, la nuque délicate, habillé d’un petit t-shirt et d’un short. Je te vois avancer paisiblement, on ne serait qu’à deux, un moment privilégié entre un fils et sa maman. Je te suivrai, pleine de tendresse et d’amour. Je t’accompagnerai sur ce chemin, jusqu’au bout. Je suis en quelque sorte soulagée depuis que le docteur a expliqué que tes terminaisons nerveuses ne sont par vraiment faites, que tes neurones non plus d’ailleurs. Je dois arrêter de t’imaginer comme un bébé né à terme, car ce n’est pas le cas. Ce n’est pas pour rien qu’un bébé est supposé rester durant 9 mois dans le ventre de sa maman. Tu as encore beaucoup de choses à développer. Tu ne sentiras rien, je te le promets. Tu ne bougeras plus vraiment et puis d’un coup, sans t’en rendre compte, ton petit cœur cessera de battre. Pour toujours. Mais tu vivras et tu battras dans le mien, je te le promets. Tu seras toujours mon tout petit. J’ai peur de l’accouchement, qu’il dure une éternité, qu’il se fasse dans la souffrance et la panique. Je ferai tout pour t’amener au monde dans le calme et la légèreté. Je ne veux pas de cri, de chagrin. Je veux te donner la vie et la mort dans la paix. Je veux t’accueillir à bras ouverts, te câliner, te chanter ces petites berceuses que j’aime tant. Je veux t’admirer, voir si tu as des cheveux (je suis sûre que tu en as), découvrir tes traits, ton nez, ta bouche, tes petits doigts, tes petits pieds. Je veux te réconforter, t’accompagner dans ton premier et dernier sommeil. Je veux te dire combien je t’aime, combien tu vas me manquer. Cette séparation m’est insupportable. Le vide que tu vas laisser dans notre vie est inimaginable. Et puis mon ventre ne sera plus le même sans toi, il ne portera plus la vie. J’ai aimé vivre avec toi durant six mois, tu as été le petit garçon le plus merveilleux du monde. Tu m’as appris à aimer au-delà de mes espérances, tu m’as appris à prendre soin de moi, à aimer encore plus fort ton papa. Tu ne seras pas venu au monde pour rien, tu nous auras ouvert les yeux sur l’importance des choses, sur la joie de devenir parents. Tu nous auras permis de nous rapprocher d’avantage, dans la douleur. Tu n’es pas parti pour rien, tu ne mérites pas une vie dans une zone de gris. Tu méritais une naissance douce et heureuse, une enfance sans hôpitaux, sans baxter, sans opération, sans séquelles, sans douleur, sans panique. Je préfère donc t’éviter ces malheurs et simplement te laisser filer. En douce, tranquillement. Endors-toi dans mon ventre, laisse-toi aller. Tu verras que tout ira bien, je serai là, à tes côtés, jusqu’au dernier moment. Je t’offrirai un beau début et une belle fin. Je porterai ton deuil et ton amour jusqu’à mon dernier souffle. Je t’aimerai à l’infini, et ce dans les yeux des enfants qui j’espère viendront un jour faire du bruit dans notre famille. Je parlerai de toi, à tout le monde, mon tout petit. Tu ne seras pas oublié, je te le promets. Je te souhaite le plus beau des sommeils, puisses-tu trouver la paix et le repos, puisses-tu nager dans une autre piscine, ailleurs. Je te souhaite de retrouver notre petit chemin, de t’y rendre souvent, afin qu’on se retrouve parfois, rien que toi et moi, juste pour rire et papoter. Je laisserai de la tarte au riz, des Maltesers et de la bière pour papa dans le frigo ce jour-là, parce que c’est un peu ton histoire. C’est un peu comme ça que tout a commencé. J’ai envie que tu partes de la même façon. Avec un peu de magie, beaucoup d’espoir, mais surtout beaucoup d’amour.

Je t’aime, tellement. Mon tout petit.

 

 

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