Mon tout petit, Eliott

Né sans vie le jeudi 26 septembre 2019 à 20h20.

Je me rappelle de ce mercredi 25 septembre, de la dernière photo que j’ai prise de nous dans le couloir de ta maison. Joli ventre rond. Près à disparaître à tout jamais. Je me rappelle être arrivée à l’hôpital, avoir pris cet ascenseur comme si je partais au front et que je me savais condamnée. Je me rappelle avoir enfilé cette blouse, être rentrée dans le bureau du docteur. Je me rappelle de la pièce si sombre, des deux médecins qui nous attendaient, toi et moi. Je me rappelle de ce tissu qui allait me séparer de toi, à tout jamais. Mais je ne t’ai pas quitté un seul instant, j’ai été en communion avec toi, je t’ai pris par la main, je m’en souviens. Je n’ai pas bougé. J’ai allumé le casque et j’ai écouté la voix de la sage-femme qui me parlait et me guidait pour que j’arrive à me détendre, à trouver une paix intérieure. J’ai fermé les yeux, j’ai serré les mains, ton papa était tout près de moi. J’appréhendais cette aiguille, l’échographiste a d’abord longtemps cherché avec sa machine, je voulais que ça aille vite et en même temps je redoutais l’instant où ce bout de fer pénétrerait ma chair pour éteindre ton petit cœur à jamais. Et puis l’aiguille est arrivée, à deux reprises. J’ai su que tu partais. Je t’ai dit Je t’aime sans m’arrêter, je t’aime, je t’aime, je t’aime, car c’est tout ce que je voulais que tu saches et que tu entendes. Je t’aime tellement. Une fois ce geste terminé, je me suis effondrée, j’avais l’impression de m’avoir perdu sur ce joli chemin. On m’a ramenée à ma chambre et on m’a présenté ce médicament qui allait déclencher les contractions et me permettre de te voir, enfin. Au début, les contractions ont été douces, je me suis même dit que les femmes en faisaient tout un foin pour pas grand-chose. Des heures et des heures de douleur et de travail. Je me rappelle de ce moment dans le bain, le soir. Je me rappelle souffrir, ton papa à côté de moi, je me rappelle des vagues de douleur qui m’envahissent, de la vapeur qui fait perler ma peau, de la concentration que j’essaie d’appliquer. Je suis à bout. Je sors de ce bain, frigorifiée, enfin on me donne la péridurale, enfin du répits. 34 heures pour que tu arrives, mon tout petit. Je me rappelle entendre « le bébé est là, vous allez pouvoir pousser ». Je me rappelle m’être accrochée à ton papa, je me rappelle le regarder droit dans les yeux, je n’ai pas peur, je te sens descendre doucement en moi, je te sens, ce moment est magique. Je souris un instant en t’imaginant sur ce petit chemin, je me rappelle t’appeler et te dire de venir avec moi. Tu arrives enfin, il est 20h20. Dans le silence et les yeux clos, mon tout petit, tu es venu bouleverser ma vie et remplir mon cœur d’amour. Tu as fait de moi une maman. Et puis il y a eu des complications, j’ai eu peur. Et enfin je t’ai vu. Je me rappelle avoir eu un peu peur en t’apercevant, mais petit à petit j’ai su t’approcher de moi et finir par te câliner. Je t’ai chanté les petites berceuses que j’aimais tant. Je t’ai admiré, examiné, regardé, adoré, aimé. Tu avais le corps un petit peu abîmé, tu es resté si longtemps sans vie en moi, mon tout petit. Je n’oublierai jamais ton visage, ton petit nez, ta bouche, tes yeux, tes si longs doigts, ton petit ventre, tes petits pieds. Tu me manques tellement, j’aimerais tant pouvoir encore te serrer dans mes bras, t’embrasser, te dire combien je t’aime. Tu me manques tellement, je me sens vide sans toi, mon ventre est creux, sans intérêt, il a perdu sa magie. Tu ne bouges plus en moi, je ne suis que moi, je suis à nouveau seule, ta compagnie me manque tellement. Je voudrais te caresser à travers ma peau, je voudrais me promener avec toi en moi, je voudrais manger pour toi, rire pour toi, dormir pour toi. Sans toi, je n’arrive plus à rien. Le réveil est insupportable, les journées sont une survie. Mais malgré cela je sais qu’un jour je me relèverai, j’ai juste besoin de pleurer, de te pleurer. Eliott, tu as fait de moi une meilleure personne, grâce à toi j’aime ton papa comme je n’aurais jamais pu imaginer. Eliott, j’aurais aimé t’avoir à mes côtés durant toute ma vie, j’aurais aimé te voir, t’entendre. Mais je n’aurai rien de tout ça, je n’aurai que le souvenir de ce moment de vie dans mon ventre et de ton visage, endormi à tout jamais. Je ne t’oublierai jamais, mon tout petit. Tu es mon petit garçon, l’amour de ma vie, la chair de ma chair, mon sang, tu es mon tout. Repose en paix, dans le calme, la douceur, je te retrouverai un jour mais je sais que d’ici là tu es dans mon cœur, je te sens battre. Depuis que tu es parti, il pleut beaucoup, je suis sûre que le ciel pleure notre séparation et ta disparition. Je ne t’oublierai jamais mon enfant, jamais. Je n’oublierai pas la douceur de ta peau, la beauté de tes traits, la délicatesse de ton petit corps. Je redoute de te dire adieu, mais de nouveau est-ce vraiment un adieu ? Papa dit que tu n’es déjà plus dans ce petit corps depuis qu’on a arrêté ton cœur. J’espère que tu es aujourd’hui dans un ailleurs, un endroit tranquille et rempli d’amour, j’espère que tu ressens mon amour pour toi et que tu ne m’en voudras jamais. Je t’aime mon Eliott. Je t’aime.

 

Maman

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