J’ai perdu mon petit garçon le 26 septembre 2019. Il est né sans vie à 182 jours de grossesse.

Depuis lors, je dois vivre avec la perte de mon tout petit, je dois vivre dans le deuil, la souffrance du silence et du lit vide.

Mais la souffrance à laquelle je ne m’étais pas préparée c’est l’injustice et la colère face à tant d’incompréhension, de paroles déplacées, de mots mal choisis, de maladresse.

L’autre jour une amie m’a écrit pour m’annoncer la naissance de son enfant. Joyeuse et insouciante, elle a cru bon et bienveillant de me prévenir par le biais d’un message. “Ma fille est née aujourd’hui (smiley), j’ai beaucoup pensé à toi et Eliott aujourd’hui.“ J’ai lu et reçu ce message comme un coup de poignard en plein cœur de maman qui venait de perdre son enfant. Non je ne suis pas en mesure de féliciter, de mettre en joie, de sourire. J’ai perdu mon enfant. Le choix des mots est essentiel, vital. Et pourtant si peu considéré. J’aurais aimé que les choses me soient dites avec douceur, délicatesse et surtout pudeur. Pudeur d’une joie d’entendre un cri, de voir des yeux ouverts, de sentir un petit cœur battre. Je ne veux pas me sentir exclue du monde qui continue de tourner et des petits êtres qui continuent de crier. Mais je veux être entendue et que mon chagrin soit entendu. Je ne peux pas réjouir car je dois affronter ma perte. L’annonce d’une grossesse ou la naissance d’un enfant, je la vis avec colère et jalousie. Mais cette jalousie n’est pas malsaine. C’est une jalousie silencieuse, douloureuse, qui me ramène à ma perte et à ma peine de maman qui a perdu son enfant. C’est injuste, pourquoi ai-je perdu mon enfant et pas elles. Pourquoi peuvent-elles afficher fièrement leur ventre rond quand le mien est vidé et vide de sens ? sans parler de leur insouciance, de mamans heureuses qui portent la vie sans se rendre compte de la chance qu’elles ont. Car c’est quand on a perdu quelque chose qu’on réalise tout à coup la valeur de cette dernière.

 

Il n’y a pas de mot correct, de formulation bien choisie tant qu’elle n’est pas prononcée ou écrite par une personne qui a vécu la perte d’un enfant. Chaque ponctuation, intonation ou mot peut briser le cœur de celui ou celle qui a perdu son tout petit. Je n’ai pas envie qu’on me demande comment je vais car je ne vais pas bien. Je ne veux pas d’enthousiasme. Je ne veux pas qu’on me dise que je dois me changer les idées. Je ne veux pas qu’on me partage avec joie la venue au monde d’un enfant. Je ne peux pas me réjouir. Je le pleure encore. Respectez mon chagrin, écoutez-le, recevez-le. Mais surtout ne le prenez pas pour vous. Ne vous l’accaparez pas car il ne vous appartient pas. Soyez à l’écoute, restez dans le silence plutôt que d’essayer de formuler, de conseiller. Soyez respectueux, ne jugez pas. Oui je suis jalouse, oui j’envie tout en haissant ces femmes qui portent la vie, et j’en ai le droit. Oui vous ne le comprenez pas, et oui c’est normal. Mais mon chagrin est déjà si lourd, n’alourdissez pas ma peine. Allégez moi l’existence d’un sourire, d’une écoute attentive, d’une main bienveillante. Autorisez-moi à crier, à pleurer, à parler, à divaguer, à me perdre dans mes pensées, à broyer du noir, à être pessimiste, à ne plus y croire. Laissez-moi vider mon sac, cracher ma haine, pleurer mon chagrin. Ne me dites pas que tout ira bien. Un jour je pourrai l’entendre, mais seulement le jour où j’aurai connu la vie, le début de l’existence, l’être d’un petit être.

Ne prenez pas ma peine, laissez-la moi elle m’appartient. Ne mélangez pas tout, ne confondez pas votre chagrin au mien.

J’aurais aimé qu’on m’écoute, qu’on accueille ma tristesse sans la juger ou l’identifier. J’aurais aimé qu’on m’écoute sans vouloir répondre.

 

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