Perdre un être cher est l’événement le plus traumatisant et bouleversant d’une vie. À la mort de mon enfant, j’ai dû affronter ce à quoi je ne m’étais pas préparée: le deuil. Voici quelques clés qui m’ont aidée à affronter ce tourbillon de chagrin.

1. Accepter de sombrer

C’est une étape qui semble logique, mais qui pourtant n’est pas forcément facile à franchir. Accepter ma souffrance et l’accueillir à bras ouverts a été une étape essentielle dans le processus de deuil. Durant des semaines, interminables, j’ai pleuré, hurlé, crié mon chagrin au point de ne plus avoir assez de larmes pour pleurer mon enfant. Je me souviens d’une chère collègue qui un jour m’a rappelé une phrase de Paul Morand qui disait

Ne me secouez pas, je suis plein de larmes.

Car c’est grâce aux larmes déversées que j’ai pu à nouveau respirer. Voilà pourquoi s’isoler et s’accorder du temps pour être entièrement dévoué à son chagrin est capital. Fuir ses sentiments est la garantie qu’ils finiront toujours pas nous submerger.

2. Parler

Mettre des mots sur ma douleur, pouvoir la partager avec mon entourage et une équipe de professionnels m’a permis de me libérer d’un poids énorme. En extériorisant mon chagrin, j’ai réussi à ne pas me sentir trop seule dans ma détresse. Chez la psy, j’ai pu être écoutée sans jugements, mais surtout j’ai pu parler sans être interrompue par un conseil ou un avis. Car non, en période de deuil, on ne veut pas entendre des phrases du genre « ça va aller ». Rejoindre le groupe de parole de parents touchés par le deuil périnatal fut pour moi une révélation. Durant ces séances, nous pouvons parler sans tabou, entre personnes ayant vécu la même perte, mais d’une façon différente. On y pleure beaucoup, mais on y rit aussi. Et ça fait un bien fou.

3. Se coacher

Durant cette période sombre, j’ai lu de nombreux ouvrages sur le deuil, certains très intéressants d’autres plus douteux. À travers ces différentes lectures, j’ai pu rassembler des phrases qui résonnaient en moi, je les ai notées sur des Post-its que j’ai placés à différents endroits de ma maison. Ainsi, je lis ces petits mémos plusieurs fois par jour, pour me donner du courage et me dire que je ne dois rien lâcher. Je retiens celle de Bob Marley qu’une amie m’a un jour écrite dans une lettre de soutien:

Tu ne sais pas à quel point tu es fort jusqu’au jour où être fort devient la seule option.

4. Le rendre tangible

Un des traumatismes du décès d’un être cher est l’absence physique de cette personne. Bien que je n’ai jamais connu mon enfant vivant, le vide qu’il a laissé en moi est très difficile à vivre. Je n’ai aucun souvenir ayant son odeur, je ne connais pas son rire, sa façon de bouger, de parler ni de me regarder. Pour contrer cela, j’ai faire graver ses empreintes sur un médaillon en or que je porte aujourd’hui en collier. Je peux sentir mon enfant à chaque instant, en caressant du bout des doigts ce petit médaillon.

5. Lui écrire

À la mort d’un être cher, on se dit souvent qu’on aurait encore voulu pouvoir lui dire combien on l’aimait. L’écriture est selon moi la plus belle des façons d’entrer en contact avec mon petit. Depuis l’annonce de sa maladie jusqu’à aujourd’hui, je lui écris régulièrement pour lui partager mon chagrin, mes angoisses, mon manque, mon amour pour lui.

6. Lui consacrer un lieu

Quand on dit adieu au défunt, on l’inhume ou on disperse ses cendres. Mais parce que c’est glauque ou qu’on n’a pas toujours le temps, rendre visite à l’être cher dans un cimetière n’est pas toujours évident. Voilà pourquoi j’ai décidé de dédier deux endroits à mon enfant. Sur la console du salon, il y a d’abord eu une bougie allumée jour et nuit. Après quatre mois, j’ai enfin réussi à déposer une photo de lui. Dans ma chambre, j’ai déposé un coffre à côté de mon lit. J’y ai rangé ses petits habits, ses échographies, son album photo, ses petits chaussons tricotés par ma marraine, son premier pyjama, une tenue que mon papa lui avait acheté à quatre mois de grossesse, une urne avec un peu de ses cendres. De précieux trésors qui me permettent de rester connectée à lui.

7. Voyager

À la mort de mon enfant, son papa et moi avons décidé de réserver un voyage. Nous nous sommes envolés deux semaines après son enterrement, direction Bali. Durant deux semaines et demi, nous avons pleuré, voyagé, ri, profité, dormi, mangé: des choses qu’on avait oubliées de faire depuis si longtemps. Partir loin pour déconnecter de la réalité, sortir la tête de l’eau, juste un instant, pour se rappeler que la vie vaut la peine d’être vécue.

8. Se résilier

Ce fut pour moi l’étape charnière dans le processus de deuil. Assez vite après la perte de mon enfant, les gens me parlaient de résilience, ravivant en moi une colère insoupçonnée. Qui étaient-ils pour dire ce qu’il était bon de faire? Avaient-ils perdu un enfant? Et puis un matin, tout a changé. Sans qu’aucun événement marquant ne se soit déroulé, j’ai accepté son départ. Depuis lors, je suis convaincue que la vie d’un être sur terre est préalablement établie pour y jouer un rôle particulier. Mon enfant a vécu six mois dans mon ventre. Qu’il en soit ainsi.

La mort n’est rien, je suis seulement passé dans la pièce à côté.

9. Sentir sa présence

Les morts réveillent les vivants. Depuis que mon enfant est parti, je ne me suis jamais sentie aussi connectée au monde qui m’entoure. Sentir sa présence quand le soleil caresse ma peau, quand j’entends mon conjoint rire aux éclats, quand j’écoute Chopin, quand je touche ses empreintes distraitement en réunion ou que je vois des étoiles briller dans un ciel noir m’aide à vivre mon deuil.

Je suis les mille vents qui soufflent,
Je suis le scintillement des cristaux de neige,
Je suis la lumière qui traverse les champs de blé,
Je suis la douce pluie d’automne,
Je suis l’éveil des oiseaux dans le calme du matin,
Je suis l’étoile qui brille dans la nuit !

10. Penser à soi

Depuis son départ, je me protège de ce qui me blesse. Je refuse plus facilement certaines choses, j’écoute mon coeur et mes limites. Je ne vois que les personnes qui me font du bien et qui m’aident à avancer. J’essaie de m’accorder du temps, de m’offrir des petits cadeaux, d’avoir des nouveaux projets, de pleurer quand j’en ai envie, sans me soucier de ce que les gens pourront penser.

Une dernière chose…

Cela fait maintenant cinq mois que je suis endeuillée, et je le serai pour le restant de mes jours. Quand on perd un être cher, on se dit qu’on ne réussira plus à vivre sans lui. Pourtant, j’arrive aujourd’hui à voir cette perte comme une force démesurée, qui me transcende et donne à ma vie un sens nouveau. Je n’ai pas encore réussi à « voir la lumière au bout du tunnel », mais je sais que le temps guérit les blessures et que le deuil n’est pas un chemin linéaire, mais plutôt des montagnes russes. Aujourd’hui est une journée sans, mais demain, qui sait, je rirai!

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